MISRY

 

JA : Tu as grandi où ?

M : J’ai grandi dans le 15ème, dans le bâtiment un peu plus haut là-bas, à la limite d’Issy les Moulineaux.

JA: Where did you grow up?

M: I grew up in the 15th of Paris, in the housing projects just next to Issy les Moulineaux.

JA : Je ne savais même pas qu’il y avait une cité dans le 15ème arrondissement!

M : Il y en a deux et j’ai grandi dans les deux en fait. J’ai habité dans la Périchaux et là c’est la cité bleue, avant les bâtiments étaient bleus c’est pour ça qu’on l’appelle comme ça. C’est calme mais il y a pleins de talents, il y a trois joueurs du PSG qui viennent du quartier.

JA: I didn’t even know there was housing projects in the 15th!

M: There is two of them and I grew up in both. I lived in the Perichaux and this is the Cité Bleue because the building used to be blue. It’s calm and there is many talents, 3 players of the PSG come from the neighbourhood.

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Track arrived at a moment of my life I was telling myself I wasn’t good for nothing.

JA : Tu as fait du foot un peu ?

M : J’ai fait 15 ans de foot ! J’étais au Paris FC. Mes potes ont été recrutés ; ils sont partis en Espagne, en Italie et plusieurs en Allemagne. Moi je suis resté, j’avais un bon niveau mais pas assez pour être repéré. J’ai décidé d’arrêter et le coach m’a dit « va faire de l’athlétisme, je te le dis depuis des années mais tu ne m’écoutes pas ».

Moi je ne voulais pas aller courir pour rien! Je suis resté un an sans rien faire, juste traîner au quartier, je fumais la chicha, je ne faisais que traîner, la cité quoi!

Un jour je suis venu sur le stade et j’ai vu des gars en train de courir. J’ai balancé au premier venu « On peut faire la course ? ». Son coach m’a demandé de le laisser tranquille en me disant qu’il préparait les championnats de France sur 200m. Je lui ai répondu que je pouvais le battre et je lui ai mis 10 mètres sur 200 mètres! Ensuite je me suis demandé s’il allait vraiment au Championnats de France lui ahah!

JA: Did you play football?

M: I played football for 15 years! I played for Paris FC. My friends got recruted, they left to Spain, Italy or Germany. I stayed because I was good but not enough to leave. So I decided to quit and my coach told me to try track and field, but I didnt want to run after nothing. I stayed one year doing nothing, just chilling in the hood, smoking chicha,…

One day I came to the stadium and I saw some guys running. I told one of them “let’s race!”. His coach told me to leave him alone because he was training for the 200m at the Nationals. I told him that I could beat him and I won with 10 metres ahah! Then I asked myself if he really wanted to go to the Nationals.

JA : Tu as aimé l’athlétisme direct ?  

M : J’ai kiffé! J’ai eu un bon niveau très vite. Après quelques semaines j’ai fait 49’02 sur 400 mètres, après j’ai fait du 800m, juste pour dépanner aux Interclubs. J’ai fait 1‘53 au premier tour et 1’51 au deuxième. J’étais qualifié pour les Championnats de France mais je n’ai pas voulu y aller parce que je n’aimais pas le 800m, sincèrement c’est trop dur. Moi je préfère le sprint, le 400m comme tout le monde! Tout le monde veut faire comme Bolt ou comme Gatlin.

Cette année j’ai changé de coach, j’ai rejoint François Pépin, le coach du recordman de France du 400m, Leslie Djhone. C’est lui qui m’a dirigé vers les haies : un jour pendant une séance, Mickaël François (champion de France 2015) avait placé ses haies pour s’entraîner et j’ai fait un passage pour m’échauffer. Le coach m’a demandé si j’avais déjà fait des haies, je lui ai dit non et il ne m’a pas cru! C’est à ce moment là qu’il a vu que j’étais fait pour les haies. C’était en novembre dernier.

JA: Did you like track right away?

M: I loved it! I ran fast real quick. After few weeks I ran 49’02 on 400m and then I ran the 800m to help my club. I ran 1’53 then 1’51. I was qualified for the Nationals but I didn’t go because I didn’t like the 800m, honestly it’s too hard. I prefer the sprint, the 400m like everyone! Everybody wants to become Bolt or Gatlin!

This year I decided to join a new coach, François Pépin, the coach of the 400m French record holder, Leslie Djhone. He is the one who put me on the hurdles. One day during a workout, I passed just one hurdles to warm up and he didn’t believe me when I told him I never practiced it in the past! He saw that I was made for that at that very moment, and this was in november.

Moi j’ai trouvé quelque chose qui va me permettre de réussir, j’en suis sûr et je ne vais pas lâcher l’affaire.

JA : C’était quand ta première course sur les haies ?

M : C’était au meeting ASA Running à Charenton, et j’ai fait 52”48 si mes souvenirs sont bons. J’étais choqué! Les gens étaient plus choqués que moi je crois. Passer N2 alors que j’étais N4 d’un coup sur une course, c’est une grosse performance!

JA: When was your first 400m hurdles?

M: It was in Charenton at the beginning of outdoor season and I ran 52’48, I was shoked!

JA : Qu’est ce que ton coach t’a dit après ça ?

M : Il m’a dit : “tu vas finir la saison en 50’50 et j’ai terminé la saison en 50’84, il n’était pas loin.

JA: What did your coach say after that?

M: He told me “you will end the season in 50’50” and I ran 50’84 so he wasn’t that far.

JA : Tu feras peut-être un peu de 400 sur du plat?

M : On verra l’année prochaine, j’ai envie de battre mon record du 400m sur le 400m haies.

JA: You’ll maybe run some 400m flat?

M: We’ll see next year, I want to beat my 400m PB on the hurdles.

JA : C’est pour ça qu’on voit souvent sur tes réseaux #roadtothe49?

M : Je veux faire 49, au début c’était #roadtothe50 et maintenant que je l’ai fait j’ai de nouveaux objectifs.

JA: That’s why we often see #roadtothe49 on your social networks?

M: I want to run 49 seconds. First it was #roadtothe50, now it’s done so I set new goals.

JA : Qu’est ce qui te motive autant?

M : L’athlétisme est arrivé à un moment de ma vie où je me disais que je serais un bon à rien. L’athlétisme m’a fait revivre. Je peux avoir des problèmes en dehors du sport mais j’arrive à l’entraînement et je revis. Je me sens bien, j’oublie tout. Je ne me suis jamais senti comme ça. Ça ne fait que 3 ans que j’ai commencé et seulement un an au haut niveau. J’ai découvert l’INSEP il y a seulement quelques mois.

JA: Where do you find your motivation?

M: Track arrived at a moment of my life I was telling myself I wasn’t good for nothing. Track made feel alive again. I can have problems in my life but I arrive at training and I feel good, I forget everything. I never felt like this. And it’s been only 3 years that I started this, and the pro level, only 1 year.


When you come from the projects you can look like you’re just another thug, good for nothing but you’re not, you’re just a boy who could do anything to survive.

JA : Avant tu allais à l’Aquaboulevard, maintenant c’est un autre délire!

M : Avant le haut niveau pour moi c’était l’Aquaboulevard, le sauna ahah! L’INSEP c’est quelque chose qui te donne envie de faire du haut niveau, quand tu vas là-bas et que tu as un petit niveau ça te prouve que tu peux y arriver, qu’ils n’ont rien de plus que toi, qu’ils ne sont pas plus forts. Ca te motive encore plus.

Quand tu sors d’une cité les gens pensent que tu es juste un autre mec de banlieue, un voyou, un bon à rien. Quand on te voit de loin ça peut ressembler à ça peut-être mais en vrai non, t’es juste un gars qui fait tout pour s’en sortir.

Les gens à l’entraînement me demandent souvent “c’est quoi cette haine que tu as en toi ?”, car parfois je casse des haies, et ça, c’est la rage de réussir. Quand les gens te voient à la cité, ils te disent que tu ne vas pas réussir si tu ne fais pas de foot. Moi j’ai trouvé quelque chose qui va me permettre de réussir, j’en suis sûr et je ne vais pas lâcher l’affaire.

Quand tu sors d’une cité les gens pensent que tu es juste un autre mec de banlieue, un voyou, un bon à rien. Quand on te voit de loin ça peut ressembler à ça peut-être mais en vrai non, t’es juste un gars qui fait tout pour s’en sortir.

JA : Before y ou used to go to the hood swimming pool ahah!

M: Before, that was the pro level for me! But you know, when you come from the projects, people think that you’re just another thug, good for nothing. You can look like that but in fact you’re not, you’re just a boy who could do anything to survive.

At training, people often ask me “where does this hate you have in you come from?”, because sometimes I break hurdles, and this is the will to succeed. When people see you in the hood, they often say that you ain’t gonna succeed if you dont play football. I found something that will make me successful, I know it and I won’t give up.

JA : Donc tu penses que le fait de venir d’ici te rend beaucoup plus fort que les autres ?

M : Beaucoup plus! Ca me rend très très fort, car je me dis que je dois faire plus que les autres qui ont les moyens. Il y en a qui sont à l’INSEP depuis 3 ans, 4 ans, 5 ans même et je les bats. Alors que moi je viens d’ici, je n’ai pas les même moyens qu’eux, je n’ai pas de sponsor, je n’ai rien du tout. Juste un coach qui m’aide à faire ce que je fais.

JA: The fact that you’re from the projects makes you stronger than the others?

M: A lot stronger! It makes me so much stronger! I tell myself that I have to do so much more than other people. Some of them are at the INSEP since 3, 4 or even 5 years and I beat them. I come from here, from the hood, I dont even have a sponsor, I dont have nothing. I just have a coach who helps me to do what I do.


JA : Tu es de quelle origine ? Quel rapport tu entretiens avec tes origines ?

M: Je suis moitié sénégalais, moitié égyptien.  Mon lien avec l’Afrique est très fort. Je parle mes deux langues, je vais souvent dans mes deux pays. Dans le milieu du sport ça m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes : le champion de France du 400 mètres haies, Mamadou Kassé Hann c’est mon pote, c’est un vrai pote. Au début il me sentait pas ! Quand il vu que j’étais comme lui, un wolof, que je parlais wolof (un blédard quoi) il s’est senti à l’aise, on se parle tous les jours. D’ailleurs je l’ai réconforté car il est sorti en demi-finale des championnats du monde.

JA: What is your background? What is your link with Africa?

M: I’m half egyptian and half senegalese. My link with Africa is so strong. I speak my two languages and I often go there. On a sport point of view, it gave me the opportunity to meet a lot of people like Mamadou Kasse Hanne, the French 400m hurdles champion who is a true friend. First, he didnt really feel me, but when he saw that I could speak wolof like him he felt comfortable and now we speak everyday. Also, I helped him feelig better after the World Championships.

JA : Vous partagez la force entre spécialistes du 400 mètres haies?

M : Quand je suis sorti en série des championnats de France il m’a dit que j’allais revenir, que ce n’était rien. Je suis vraiment très reconnaissant envers les anciens, ce sont presque des mentors pour moi. Il faut se donner des objectifs, des modèles. Eux ce sont des modèles pour moi. Je dois faire comme eux. Dans la vie il faut choisir une personne et se dire qu’on va faire comme cette personne là ou même plus.

JA: So you support each other in the 400m hurdles?

M: When I didnt make it through the semi-finals at the French Championships, he told me that I would come back stronger. I’m so grateful to the older guys who are true models to me. I look up to them, I have to do like them.

JA : Quels sont tes objectifs maintenant ?

M : Pour l’année prochaine ce sera d’aller au Championnats d’Europe, et ne pas y aller pour faire de la figuration, y aller pour faire quelque chose. Essayer de passer en demi-finale et pourquoi pas en finale. Je sais que j’en ai les capacités, je sais que je pourrais le faire et je sais que je vais le faire.

JA: So what are your goals now?

M: Next year, I want to go to the European Championship and do something special. Reach a semi-final or the final, why not. I know I can do it and I will do it.


JA : Ta famille suit un peu l’athlétisme ? Ce que tu fais ?

M : Ma mère la seule chose qu’elle n’aime pas dans l’athlétisme c’est les blessures, et le linge sale aussi ahah! Quand j’arrive premier elle est très contente, elle regarde mes vidéos, elle me suit, elle prie pour moi. Mes petits frères sont vraiment fans de moi, ils sont vraiment très fiers de ce que je fais, surtout quand j’arrive premier, même si ce n’est que les départementaux ils vont en parler partout à l’école ahah! Quand je suis arrivé deuxième au Championnats de France on ne respirait plus à la maison, je ne sais même plus où elle est ma médaille carrément! Même mon père au Sénégal est vraiment content, il est fier de moi. Je sais que je vais m’en sortir.

JA: What does your family think about all that? Do they follow what you do on track?

M: The only things my mom hates about track are the injuries and the dirty laundry ahah! When I get medals she’s happy, she follows what I do and she prays for me. My little brothers are big fans, they are proud of me and even if it’s a small event, if I win the race they will scream it everywhere at school ahah! When I got second at the Nationals, it got crazy at home! Even my dad who is in Senegal is proud of me. I know I will make it.

 I know I can do it and I will do it.

JA : Tu as quel âge déjà ?

M : J’ai 22 ans, je suis encore jeune mais malheureusement j’ai commencé un peu tard l’athlétisme, j’aurais dû commencer plus tôt, j’aurais dû écouter mon père, mais voilà c’est la vie.

JA: How old are you?

M: I’m 22. I’m still young but I started track a bit late, I should’ve listened my dad, but it’s alright, it’s life.

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