Millions Hurdles, le hurdler préféré de ton hurdler préféré

“J’ai beaucoup de haies à franchir dans ma vie”. Comme si les haies de Richard, aka Millions Hurdles ne s’arrêtaient pas aux 110 mètres de prédilection du jeune athlète.

Dans le sud de la banlieue parisienne, la silhouette longiligne s’apparentant plus à celle d’un coureur de 400m répète des gammes millimétrées au rythme de la trap du sud des États-Unis de Young Thug ou Gunna. Gardant toujours un œil sur la caméra, le sprinteur est à la direction artistique de la préparation de sa propre œuvre, chronométrée en 13’88 cette année. Passant de mains en mains au fil de la séance d’entraînement, l’écran cassé de son Sony a6300 semble lui aussi avoir tapé quelques haies en chemin. De Noisy-le-Grand, en passant par Alfortville ou Sotteville-les-Rouen, l’histoire de Millions Hurdles ne se résume plus à celle d’un “athlète Instagram” comme certains ont pu l’appeler. Surtout à quelques jours de sa première compétition continentale sous les couleurs d’un de ses pays d’origine, le Congo.

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Pizza à 5€, short hawaïen et Converse

“De base, je ne voulais pas du tout faire de l’athlé. Pour moi c’était un sport où tu courais pour rien. J’avais encore trop la mentalité de footeux. Mais ma mère en avait marre de me voir foutre la merde à l’école.” Alors que de nombreux rappeurs ont pris l’habitude de chanter leurs mamans, pour Richard, c’est plutôt sa mère qui lui a très tôt chantonné la mélodie de l’athlé, mais la mayonnaise ou plutôt la sauce samouraï, n’a pas pris tout de suite :  Au collège j’ai testé l’UNSS mais je n’ai pas kiffé donc je suis resté plus ou moins dans le foot. C’est au lycée que je suis vraiment tombé dedans. La FFA organisait des compétitions appelées Urban Athlé, une sorte de tournée visant à dénicher les talents, un genre de Golden Blocks en moins stylé (rires). Pour cette édition, je me rappelle qu’il y avait Muriel Hurtis et Florian Carvalho. Avec mes potes on s’est dit qu’on allait y faire un tour et véridique, on sortait du grec, je venais de manger une pizza à 5€, j’avais un short hawaïen, des Converse, et j’ai tapé tout le monde là-bas.”

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Une licence gagnée sur le tartan d’Alfortville, une paire de pointes donnée et un short de foot plus tard, le néo-sprinteur se présentait à sa première compétition en salle : “Je suis tombé de haut, je me suis fait taper par plein de gars, par des babtous, c’était bizarre (rires). Mais j’avais des coéquipiers comme Charles Bouly ou Arnaud, le fils du coach qui m’ont toujours poussés pour que j’arrive où je suis aujourd’hui.”

Millions Hurdles à 1,06m

À croire que les haies étaient trop petites pour les grandes jambes de MH, il a fallu attendre qu’elles montent à 1,06m pour que les chronos descendent. Deux ans de sport-études à Amiens pour apprendre à courir et franchir vite, mais aussi pour rater son bac “parce que je faisais n’importe quoi en classe”. Et voilà Richard de nouveau avec sa maman à Sotteville-les-Rouen, “et c’est là que tout s’est accéléré”.

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Comme à la fin d’un slow motion d’une de ses vidéos, la carrière de Richard prend brusquement de la vitesse mais l’athlète reste lucide : “Dans la discipline dans laquelle je suis, c’est difficile. Tu peux faire un chrono un jour, et le lendemain matin au réveil, un autre mec peut te passer devant. Il faut faire beaucoup de sacrifices aussi.”

Mais pour le long-métrage de sa vie (le seul film qui compte vraiment), le hurdler se rappelle ses habitudes de footeux et prend les haies, les unes après les autres : “Il y a pas mal de vidéos pour lesquelles je n’ai pas été payé car j’y suis allé au culot ou je n’avais pas le droit de filmer. J’ai toujours ma caméra sur moi et l’objectif c’est d’être payé plus tard. Mais après il y a certaines vidéos pour lesquelles je suis payé. Pour l’instant, en tant que videomaker, je suis obligé de passer par là.”

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iPhone 5s et Congo Brazzaville

Loin de lui l’époque où il filmait avec son iPhone 5s. Avec les conseils de Mickaël Zézé et les soutiens d’athlètes confirmés comme Wilhem Belocian ou Aurel Manga, MH revisite l’image de l’athlé tricolore. Comme si la piste se racontait mieux de l’intérieur, en caméra embarquée : “Je sais ce qui est dur dans l’athlé, je connais les bons et les mauvais côtés. Je rassemble tout ça et quand tu vois mes vidéos, que tu sois athlète ou non, je veux que ça te fasse quelque chose. Qu’on se reconnaisse d’une manière ou d’une autre à travers les images.”

Enchaînant les courses face au vent et sous les nuages d’un mois d’août capricieux, Richard fait tout pour conclure sa saison en apothéose de l’autre côté de la Méditerranée : “Si tout se passe bien, j’ai les Jeux Africains à la fin du mois d’août. Je vais courir avec le Congo Brazzaville.” Loin du 94 et d’Alfortville, Richard pourrait décrocher sa première médaille africaine pour le Congo, le pays de la première qui l’a poussée dans les starting-blocks, sa maman.

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